Le meurtre de Lyhanna nous a tous profondément bouleversés.
Comme beaucoup de Villiéraines et de Villiérains, j'ai été saisi par l'émotion, la tristesse et la colère suscitées par ce drame. Aujourd'hui, toutes nos pensées vont vers sa famille, ses proches et tous ceux qui l'ont connue. Face à une telle tragédie, les mots paraissent souvent dérisoires tant la douleur est immense.
Une question revient pourtant avec insistance : comment une telle horreur a-t-elle pu se produire ? Comment celui qui est aujourd'hui suspecté d'avoir commis cet acte a-t-il pu échapper aux mailles du filet de la police et de la justice ?
Comprendre sans détourner le regard
Une enquête est en cours et il est indispensable de laisser la justice travailler sereinement pour établir les faits et déterminer les responsabilités.
Cette enquête permettra sans doute d'identifier d'éventuelles défaillances, erreurs ou dysfonctionnements. Si elles existent, elles devront être reconnues et corrigées.
Mais nous ne devons pas nous arrêter à ces seules responsabilités individuelles. Car derrière chaque drame de cette nature se cache parfois une réalité plus profonde : l'affaiblissement progressif de notre chaîne judiciaire et de nos services d'enquête.
Une justice sous tension permanente
Depuis plusieurs années, magistrats, greffiers, policiers, enquêteurs et personnels pénitentiaires alertent sur leurs conditions de travail.
Manque d'effectifs, accumulation des procédures, moyens matériels insuffisants, évolution incessante des priorités, réorganisations successives parfois difficiles à comprendre sur le terrain : autant de difficultés qui fragilisent le fonctionnement quotidien de la justice.
Lorsqu'une institution est placée sous pression permanente, le risque d'erreur augmente. Lorsque les professionnels manquent de temps, de moyens ou de stabilité, la capacité à prévenir les drames s'affaiblit.
La protection de nos concitoyens mérite mieux qu'une gestion à flux tendu.
Revenir sur les réformes qui ont désorganisé l'enquête judiciaire
La lutte contre la délinquance et la criminalité exige une organisation claire, efficace et cohérente.
Les réformes récentes de l'organisation de la police ont suscité de nombreuses inquiétudes parmi les professionnels de terrain. Beaucoup redoutent une perte de spécialisation des services d'investigation et une dilution des compétences qui faisaient jusque-là la force de la police judiciaire.
Ces alertes ne peuvent être ignorées. La recherche de l'efficacité doit rester la priorité absolue lorsqu'il s'agit de protéger les victimes et de poursuivre les auteurs d'infractions graves.
Redonner des moyens à la justice
La sécurité ne se résume pas à des annonces ou à des discours de fermeté.
Une justice efficace suppose des magistrats plus nombreux, des greffes renforcés, des enquêteurs spécialisés et des procédures traitées dans des délais raisonnables.
Chaque affaire non suivie à temps, chaque dossier retardé, chaque signalement insuffisamment traité fragilise la confiance des citoyens dans les institutions.
Investir dans la justice n'est pas une dépense. C'est une nécessité pour protéger les victimes, prévenir la récidive et garantir l'État de droit.
Adopter une véritable loi intégrale contre les violences
Le drame de Lyhanna nous rappelle avec force que notre réponse aux violences ne peut pas se limiter à l'intervention de la justice après les faits. Nous avons besoin d'une approche globale, cohérente et coordonnée. C'est pourquoi je suis favorable à l'adoption d'une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
Cette loi intégrale doit permettre d'agir à chaque étape : prévention, éducation, détection des situations à risque, protection des victimes, hébergement d'urgence, accompagnement psychologique, prise en charge sociale et réponse judiciaire rapide et efficace.
Trop souvent, des signaux d'alerte existent mais ne sont pas suffisamment pris en compte faute de coordination entre les différents acteurs. Une loi intégrale a précisément pour objectif de mieux articuler l'action de la police, de la justice, des services sociaux, de l'Éducation nationale, des associations et des professionnels de santé afin qu'aucune victime ne soit laissée seule face au danger.
Protéger les femmes, les enfants et les personnes les plus vulnérables doit constituer une priorité nationale. Derrière chaque statistique, il y a des vies brisées, des familles endeuillées et des drames qui, parfois, auraient pu être évités. Une société digne se juge aussi à sa capacité à protéger les plus fragiles.
Cette tragédie doit nous conduire à renforcer notre arsenal de prévention et de protection. La loi intégrale n'est pas une réponse à elle seule, mais elle constitue une étape indispensable pour mieux prévenir les violences et mieux protéger les victimes.
Repenser la prison pour mieux protéger la société
La question carcérale ne peut pas être évitée.
Nos prisons souffrent depuis longtemps de surpopulation, de conditions de détention souvent difficiles et d'un manque de moyens pour accompagner réellement la réinsertion.
L'objectif ne doit pas être uniquement d'enfermer davantage, mais de prévenir efficacement la récidive. Une prison qui ne prépare pas le retour à la vie en société est une prison qui échoue dans une partie de sa mission.
Cela passe par davantage d'accompagnement, de formation, de suivi psychologique, de lutte contre les violences et de préparation à la sortie.
Construire toujours plus de prisons ne saurait constituer à lui seul un projet de société. C'est l'ensemble de notre politique pénale qui doit être repensé afin de mieux protéger durablement les citoyens.
Pour que justice soit rendue
Aujourd'hui, la priorité est que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce drame et que justice soit rendue à Lyhanna et à sa famille.
Mais au-delà de l'émotion légitime, nous avons également le devoir collectif de nous interroger sur les moyens que nous accordons à notre police, à notre justice et à notre système pénitentiaire.
Parce qu'aucune famille ne devrait avoir à vivre une telle tragédie.
Parce que chaque victime mérite protection.
Parce que la justice de notre République doit être en mesure d'agir efficacement pour prévenir, sanctionner et protéger.
Justice pour Lyhanna.
