J'ai appris avec consternation les choix retenus par le gouvernement pour tenter de répondre aux difficultés financières de notre système de santé.
Une fois de plus, l'effort demandé semble porter principalement sur les Français eux-mêmes, à travers une hausse du coût des complémentaires santé. Derrière les mécanismes techniques et les arbitrages budgétaires, ce sont des millions de familles qui risquent de voir leur facture augmenter.
Au total, ce sont près de deux milliards d'euros qui pourraient être supportés directement ou indirectement par les assurés. Dans un contexte où le pouvoir d'achat demeure une préoccupation majeure pour de nombreux ménages, cette orientation me paraît profondément contestable.
Un système à préserver, pas à affaiblir
La Sécurité sociale est l'une des plus grandes conquêtes sociales de notre pays.
Depuis sa création, elle garantit à chacun l'accès aux soins, indépendamment de ses revenus ou de sa situation personnelle. Elle constitue un élément essentiel de notre modèle social et de notre cohésion nationale.
Personne ne conteste aujourd'hui la nécessité d'assurer son équilibre financier. Mais la question est de savoir comment y parvenir.
Faire peser l'effort sur les familles et les assurés ne peut pas constituer l'unique réponse.
La prévention : la grande oubliée des politiques publiques
Depuis des années, nous dépensons davantage pour soigner que pour prévenir.
Pourtant, chacun sait qu'une politique ambitieuse de prévention permet de réduire à long terme les dépenses de santé tout en améliorant la qualité de vie des citoyens.
Lutte contre les maladies chroniques, prévention de l'obésité, accompagnement du vieillissement, santé mentale, activité physique, nutrition, santé environnementale : les leviers sont nombreux.
Investir dans la prévention, c'est éviter demain des traitements plus lourds, des hospitalisations plus longues et des coûts bien plus importants pour la collectivité.
Malheureusement, cette vision de long terme peine encore à s'imposer dans l'action publique.
Mieux encadrer certaines dépenses
Préserver notre système de protection sociale suppose également de regarder lucidement l'ensemble des dépenses de santé.
L'objectif n'est pas de restreindre l'accès aux soins, mais d'améliorer l'efficacité du système.
La coordination entre les professionnels de santé, la lutte contre certains gaspillages, l'amélioration du parcours de soins ou encore la simplification administrative peuvent permettre de dégager des marges de manœuvre importantes sans pénaliser les patients.
Une réforme sérieuse doit être guidée par l'efficacité et non par la facilité.
Ouvrir le débat sur le financement de la Sécurité sociale
La question du financement de la Sécurité sociale mérite un véritable débat national.
Notre système a profondément évolué depuis sa création. Le travail, les revenus, les modes de production et les besoins de santé ont changé. Il est donc légitime de réfléchir aux moyens de garantir durablement son financement.
Pour autant, la transformation de la CSG en TVA sociale ne me semble pas être la bonne réponse.
Une telle évolution risquerait d'alourdir le coût de la consommation et de peser davantage sur les ménages, notamment les plus modestes, sans apporter les garanties nécessaires sur le financement à long terme de notre protection sociale.
Le sujet mérite mieux que des mesures ponctuelles prises dans l'urgence.
Préparer l'avenir de notre modèle social
La Sécurité sociale n'est pas une charge. Elle est un investissement collectif dans la santé, la solidarité et la protection de chacun.
Sa pérennité exige du courage politique, de la vision et une capacité à penser le long terme.
Plutôt que de demander toujours davantage d'efforts aux familles, engageons une véritable réforme fondée sur la prévention, l'efficacité des dépenses et un financement juste et durable.
C'est à cette condition que nous pourrons préserver l'un des piliers de notre pacte républicain pour les générations futures.
